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Sommaire
Volume 6, no 2
Présentation du volume 6, numéro 2

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Introduction au volume 6, numéro 2

Transition énergétique : l’urgence d’agir

Gilles L. Bourque,
Chercheur à l’Institut de recherche en économie contemporaine (IRÉC)
Éditeur de la Revue vie économique


Lors du Rendez-vous international de la Chaire de recherche en développement des collectivités (CRDC), tenu le 6 octobre dernier dans le cadre du Sommet des coopératives, l’IRÉC avait été invité à organiser une table ronde sur le thème « La transition énergétique de l’économie : comment sortir des énergies fossiles? ». Outre Robert Laplante et François L’Italien, respectivement DG et chargé de projet à l’IRÉC, nous avions demandé à Normand Mousseau, professeur de physique à l’Université de Montréal et coprésident de la Commission sur les enjeux énergétiques du Québec, ainsi qu’à Stéphane La Branche, chercheur associé au Pacte UMR-CNRS (IEP Grenoble), de participer à un débat autour des enjeux de la transition. Cet atelier faisait suite à la mission conjointe IRÉC-CRDC menée à Grenoble et à Paris au printemps 2013, qui visait à amorcer un changement d’échelle dans la poursuite de nos recherches sur la transition écologique de l’économie, grâce à des échanges de long terme avec des partenaires français. Le présent numéro de la Revue vie économique se situe dans la même lignée et vise à faire le point sur ces enjeux, au terme d’une année de débat fébrile au Québec.

Ce numéro rappelle d’abord l’urgence d’agir. En ce début de 21e siècle, nous sommes confrontés à des défis majeurs sur les enjeux climatiques, comme nous le rappelait récemment le consortium Ouranos. Il nous faut réorienter le plus rapidement possible notre modèle de développement si nous voulons éviter une crise climatique irréversible, de manière à pouvoir répondre à de nouveaux impératifs écologiques. D’autres pays ont déjà commencé à agir avec vigueur. Par exemple, la Suède a décidé d’éliminer le pétrole de son portefeuille énergétique d’ici 2030. L’Allemagne a entrepris le plus vaste plan de développement depuis la reconstruction d’après-guerre, en planifiant des investissements de 263 milliards $ dans les énergies propres, suite à leur décision de fermer les 17 centrales nucléaires du pays. Le Québec, qui partage avec ces pays une même sensibilité aux enjeux environnementaux, tout comme une valorisation de la solidarité sociale, ne pourrait-il pas faire partie de ce mouvement pionnier de transition vers une économie plus soutenable ? Malheureusement, les gouvernements actuels, dont les ambitions consistent à imposer une austérité sans faille et à ouvrir toutes grandes les voies d’accès aux exportations de pétroles provenant des sables bitumineux, ne semblent pas vouloir choisir cette voie innovatrice.

Encore une fois, c’est l’obsession du déficit zéro qui impose ses dictats aux missions de l’État. Malgré les prétentions du gouvernement actuel concernant son leadership dans la lutte au réchauffement, le Ministère du Développement durable, de l'Environnement et de la Lutte contre les changements climatiques a vu ses très maigres ressources être diminuées de 5 millions $ cette année après avoir été coupé de 38 millions $ l’an passé. Un moment donné, il faut cesser d’avoir un double discours et faire les choix qui s’imposent. Or, en soutenant le projet Énergie Est et en appuyant financièrement l’exploration du pétrole de schiste sur Anticosti dans le but d’en faire l’exploitation, on peut sincèrement se demander si M. Heurtel n’est pas plutôt le ministre du Développement insoutenable, de la Pollution et des Changements climatiques !

Heureusement, des mouvements citoyens, des groupes écologistes, des scientifiques et même des entreprises [1] veillent au grain. Non seulement représentent-ils, par leurs actions ou par leurs travaux, les grains de sable qui bloquent le formidable engrenage des puissants lobbys des énergies fossiles, mais ils proposent également à la société québécoise un défi collectif de faire aujourd’hui les choix déterminants pour construire le type d’économie dans lequel il faudrait inscrire notre modèle de développement. Pour encourager le débat public sur la pertinence de souscrire à un grand projet de transition vers une économie plus soutenable, la Revue vie économique offre donc cette tribune à un ensemble de chercheurs et de praticiens. 

Présentation des contributions


La première contribution à ce numéro nous vient de trois chercheurs du consortium Ouranos (Hélène Côté, Travis Logan et Dominique Paquin). Ils nous présentent les conséquences de l’augmentation des gaz à effet de serre (GES) sur le climat québécois et expliquent pourquoi ces changements seront plus prononcés et plus hâtifs que ceux appréhendés, en moyenne, à l’échelle mondiale. À partir des plus récents travaux scientifiques, on y décrit l’évolution de certains aspects du climat du Québec depuis les cinquante dernières années, en plus de présenter des scénarios climatiques pour le 21e siècle. En donnant un aperçu des impacts attendus des changements climatiques au Québec, les auteurs illustrent comment des réductions substantielles et hâtives des GES pourraient faire la différence dans certaines régions du Québec.

La contribution suivante, produite par Louis Favreau (UQO), porte sur le mouvement citoyen d’opposition au gaz de schiste. C’est aujourd’hui et maintenant, nous dit l’auteur, que se prennent les décisions importantes qui vont conditionner le mix énergétique des prochaines décennies. Or, alors que le Québec semble miser sur l’exploitation d’énergies fossiles non conventionnelles (les sables bitumineux de l’Ouest canadien et le pétrole de schiste d’Anticosti), il faut urgemment s’inspirer des luttes locales qui tracent la voie d’une stratégie d’action politique générale et fédérative entre mouvements pour peser sur les politiques publiques. Il prend comme exemple la mobilisation contre le gaz de schiste dans la vallée du Saint-Laurent à partir de 2010. En explorant et en mettant en perspective cette action collective qui aura pris de court l’industrie gazière et pétrolière, Louis Favreau en tire quelques propositions générales qui, dans le débat public qu’elle a suscité, ont eu une portée nationale.

Avec le titre énigmatique Réduire notre dépendance au pétrole : la danse du cobra, le prochain texte du numéro nous vient d’Alain Brunel (AQLPA). Alors que le Canada est en train de s’enfermer dans un modèle économique insoutenable, dont le projet d’oléoduc Énergie Est est à lui seul susceptible d’émettre, sur 40 ans, 64 fois les émissions de GES du Québec de 2011, cela nous place, nous dit l’auteur, en position géostratégique de démultiplier sur la scène canadienne sa volonté de réduction des émissions de GES en refusant le passage de cet oléoduc sur notre territoire. Sur un mode plus propositionnel, l’article s’intéresse aussi aux mesures à prendre pour un changement de modèle énergétique au Québec : renverser le règne de la vache sacrée automobile, soutenir l’usage des véhicules les moins polluants, sanctionner celui des plus polluants et investir massivement dans le transport collectif, en sollicitant les entreprises et les automobilistes qui en sont des bénéficiaires indirects. 

La courte contribution suivante est signée par Gilles Bourque (IRÉC). Elle porte sur le concept de risque carbone. Alors que flux financiers favorisent, par mimétisme, une économie intensive en carbone, on voit émerger des initiatives visant à informer les financiers des vrais enjeux en cause. Et avec l’accentuation probable des réglementations sur le climat, le risque carbone des actifs de l’industrie des énergies fossiles est tel que même les analystes de la finance ‘mainstream’ commencent à alerter les gestionnaires de fonds.

Le cinquième texte de ce numéro provient des chercheurs Marie-José Fortin et Yann Fournis (UQAR). Inspirés par la sociologie des sciences, ils tentent d’expliciter le travail réalisé par les acteurs territoriaux pour l’introduction de l’énergie éolienne au sein d’un régime de ressources hydro-électrique plus ancien. Pour les auteurs, le chantier québécois de l’énergie éolienne, amorcé il y a une quinzaine d’années, permet de mieux comprendre les processus complexes et localisés de co-construction de la ressource. Dans le contexte d’un modèle énergétique québécois centré sur l’hydro-électricité, l’introduction de l’éolien active diverses dynamiques sociales et institutionnelles qui rappellent la diversité des voies de la transition énergétique. 

Le texte suivant est signé de Normand Mousseau (UdM). Cosignataire du rapport de la Commission sur les enjeux énergétiques du Québec, il fait d’abord un survol de la politique énergétique du Québec du début des années 1960 à aujourd’hui. Puis, après avoir identifié les principaux défis d’une politique énergétique du 21e siècle, il propose un ensemble d’éléments qui permettront de réaliser la prochaine transition énergétique avant le reste de la planète, dont prioritairement celui de formuler des cibles à long terme, seules à même d’orienter les investissements dans les infrastructures énergétiques. Mais pour cela, ajoute-t-il en conclusion de sa contribution, il faudra de l’ambition et de la vision. 

C’est aussi sur la politique énergétique que porte la contribution de Robert Laplante (IRÉC). En se penchant sur les suites politiques au rapport de la Commission sur les enjeux énergétiques du Québec, qui constitue à ses yeux une contribution majeure sur les choix à faire pour doter le Québec d’une politique de l’énergie en phase avec les défis actuels, l’auteur fait un survol des pistes de solutions et amène une critique amère des intentions du gouvernement actuel. Pour lui, c’est en se donnant un cadre rigoureux de réponses aux aspirations des régions qu’on pourra le mieux faire ressortir les avantages d’une politique énergétique et ses impacts sur l’occupation et la mise en valeur du territoire et des communautés qui l’habitent.

Pour bien comprendre la politique québécoise de lutte aux changements climatiques, il faut appréhender correctement la mesure phare de cette politique, le marché carbone. C’est ce que fait Caroline Simard (IRÉC). L’auteure fait une présentation assez détaillée du système québécois et de ses particularités, accompagnée d’explications claires des concepts économiques sous-jacents, en tenant compte des résultats les plus récents en matière de recherche et de débats entre les tenants des taxes ou du marché carbone. Ce texte permet de démystifier ce mécanisme de lutte aux changements climatiques, dont les consommateurs ont récemment commencé à ressentir les effets avec l’élargissement de la couverture aux distributeurs de carburants et de combustibles fossiles.

L’avant-dernier texte de ce numéro, rédigé par Gabriel Ste-Marie et Gilles Bourque, présente les propositions de l’IRÉC sur le financement de la transition écologique de l’économie québécoise. En s’appuyant sur un portrait des épargnes et des actifs financiers actuels au Québec ainsi que sur les expériences d’outils financiers qui ont émergé ailleurs dans le monde, le programme de recherche initié par l’IRÉC vise à proposer des scénarios de financement qui ont l’avantage de canaliser l’épargne vers des projets structurants sans pour autant alourdir la dette publique. Dans cet article, ils présentent leurs propositions touchant les secteurs du transport et de l’habitation.

Le numéro se clôt sur une contribution de Stéphane La Branche (IEP Grenoble), qui présente la nouvelle politique française en matière de transition énergétique, récemment dévoilée par la ministre de l’Environnement et de l’Énergie, Ségolène Royale. Il expose quelques-uns des facteurs principaux à l’œuvre dans les efforts de transition énergétique en France, d’un point de vue de la science politique et de la sociologie. Si le volet politique est inscrit dans un contexte national plutôt spécifique (la France étant un pays centralisé politiquement et énergétiquement, avec une décentralisation en émergence), l’auteur souligne que certains des facteurs sociologiques sont communs à la France et au Québec.

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  [1] Malgré le travail nuisible du puissant lobby des énergies fossiles, on commence à voir émerger un puissant mouvement corporatif de lutte contre le réchauffement. À cet égard, l’organisation étatsunienne Ceres joue un rôle admirable. Voir par exemple l’appui de plusieurs grandes entreprises à la réglementation des émissions des centrales thermiques aux États-Unis à l’occasion du Jour de la Terre.  
 

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Transition énergétique : l'urgence d'agir
mai 2015
Ce numéro de la Revue vie économique rappelle l'urgence d'agir. En ce début de 21e siècle, nous sommes confrontés à des défis majeurs sur les enjeux climatiques. Il nous faut réorienter le plus rapidement possible notre modèle de développement si nous voulons éviter une crise climatique irréversible. C'est aujourd'hui que doit se planifier la transition énergétique.
     
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